Alpha Du Centaure

Tranches de vie et photos en rondelles

31 juillet 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 31

...

Il était neuf heures passées lorsqu'Ida se réveilla. Elle avait un peu mal à la tête. Elle se souvint qu'il lui fallait aller récupérer sa voiture en ville, et rapidement, car elle était sur une place à parcmètre. Elle avait l'impression que son corps pesait une tonne. Elle se dit qu'elle allait en profiter d'être en ville un samedi matin pour aller au marché et aussi musarder afin de trouver des idées de cadeaux de Noël. Comme tous les ans, elle n'avait pas envie de se retrouver avec toute sa famille, mais comme tous les ans, elle ne voyait pas comment y échapper. Elle pensa encore à autre chose et ... elle regarda l'heure : 10h42 !!! Oh non !!! Elle s'était rendormie ! Elle se leva d'un bond et vérifia les horaires de bus : il y en avait un dans trois quarts d'heure. Elle avala un café et deux tartines à la confiture de framboise avant de vite filer sous la douche.

Elle arriva à l'arrêt du bus en même temps que celui-ci apparut au coin de la rue. Elle se sentit bizarrement soulagée. Pendant les vingt minutes de trajet, elle envoya un SMS à François : "Suis dans le bus pour récupérer ma voiture. Vais au marché ensuite. Si tu es encore là, on peut prendre un café" et elle garda le téléphone à la main pour ne pas rater la réponse.

Quand elle retrouva sa voiture, elle y vit un pare-brise intact, sans l'ombre d'un P.V., ce qui lui fit bien plaisir. De plus, alors qu'elle allait alimenter le parcmètre, elle vit avec satisfaction que c'était gratuit entre midi et deux heures. Elle n'était pas à quelques euros près, mais elle rechignait toujours à payer pour se garer. C'était comme ça. Elle ouvrit son portable pour s'assurer qu'il marchait bien. Oui, quatre barres de batterie et réception maximum. Elle se dirigea vers le marché. Elle en fit le tour une fois et, au deuxième passage, acheta du merlan, une salade, des brocolis, une betterave et deux fromages de chèvre. Dans l'ensemble, elle était assez horrifiée par les prix pratiqués.

Vers treize heures elle reçu enfin un SMS de François. "Viens de trouver ton message en arrivant chez moi. Dommage, ça aurait été avec plaisir. A bientôt. F"

Posté par AlphaDuCentaure à 15:44 - Ida B. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

28 juillet 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 30

...

Allongée sur son lit, Ida était pensive. Le radio-réveil indiquait une heure du matin. Elle était toute habillée. Elle se disait qu'elle avait bien fait de ne pas avoir pris sa voiture pour rentrer, ça tournait un peu autour d'elle. Elle repassait la soirée dans sa tête.

Quand elle était arrivée à la brasserie, François était là. Il s'était levé de sa chaise pour l'accueillir. Ils s'étaient serrés la main, mais il y eut un temps d'hésitation, leur statut n'était pas clair et Ida avait failli l'embrasser comme on embrasse une vieille connaissance. Il portait un costume noir et une chemise blanche (sa cravate devait être dans une de ses poches) et avait belle allure. Cela la surprit, elle avait gardé en mémoire l'homme de la plage, d'un tout autre style. Elle-même était arrivée directement de son travail et, de fait, ne dépareillait pas. Ils étaient bien assortis.

Ils avaient décidé d'un commun accord de ne pas prendre d'apéritif, mais une bouteille de vin rouge directement. Ida connaissait le vin et l'appréciait, mais elle avait coutume de laisser le choix aux hommes, par galanterie inversée, et surtout lors d'un premier rendez-vous. Elle avait apprécié le choix de son compagnon. Un plat, un dessert, un café, deux bouteilles et cinq heures plus tard, elle avait décidé de rentrer en taxi chez elle, et lui de ne pas retourner sur Tours mais d'aller à l'hôtel une nuit de plus. Ils s'étaient séparés en se disant qu'ils avaient passé une bonne soirée, et pourquoi pas refaire cela une autre fois, à l'occasion.

Elle n'était pas spécialement attirée par lui, mais elle n'avait pas vu le temps passer et s'était sentie très détendue. La conversation avait été facile, légère. Ils avaient des points communs et des centres d'intérêt partagés. Ils avaient discuté, débattu, argumenté, plaisanté. Ida avait noté qu'il savait écouter et entendre. Oui, une agréable soirée. Elle se leva pour aller se démaquiller.

En éteignant les lumières dans l'appartement, elle remarqua que son téléphone portable clignotait. "C'était vraiment une bonne soirée. Bonne nuit Ida" disait le SMS reçu quelques minutes plus tôt. Elle sourit, tapota un bref message d'approbation en réponse, mit son pyjama en pilou, se glissa sous la couette, désactiva le radio-réveil, mit la radio, éteignit la lumière, programma la fonction "sleep" de la radio sur 20 minutes, mais elle dormait avant que cinq minutes ne se soient écoulées.

Posté par AlphaDuCentaure à 22:39 - Ida B. - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

11 juillet 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 29

...

Ida rentra tard chez elle ce dimanche soir-là. Le week-end avec Marianne s’était très bien passé. Elles étaient sorties le samedi soir : promenade sur le port, resto sympa et musique dans un pub pour finir. Le dimanche débuta donc tardivement dans la matinée. Journée décalée avec petit déjeuner à onze heures, déjeuner en milieu d’après midi et… balade sur la plage juste avant la tombée de la nuit, mais sans qu’il ne se passe quoi que ce soit d'inattendu cette fois. Elle retarda l'heure du départ. Elle n'avait clairement pas envie de rentrer chez elle.

Sa semaine fut tranquille, et c’était bien ainsi. Elle n’eut mal au dos que trois jours. Après, elle oublia la douleur et l’épisode de la plage. La vie reprit son cours, le froid s'installa, les journées raccourcirent. Ida continua le sport en salle et entreprit de lire l'oeuvre d'Haruki Murakami le soir, en rentrant.

Un vendredi, alors qu'elle sortait de son bureau et qu'elle cherchait ses gants dans son sac à main, elle reçu un appel sur son portable. Le numéro qui s'affichait lui était inconnu.

- Oui allo ?
- Ida Bernard ?
- Oui c'est moi...
- Bonjour, c'est François Dulescouet... Vous vous souvenez, sur la plage à Aiglemont il y a quelques semaines, mon chien vous a sauté dessus....
- Oui, bien sûr, bonjour, comment allez-vous ?
- Moi ça va très bien, c'est à vous qu'il faut demander cela !
- Ca va bien pour moi aussi, je n'ai plus mal au dos, tout va bien.
- Voilà une bonne nouvelle. Dites, je suis près de chez vous, là. Je viens de quitter mon client. Si vous étiez disponible, je me disais qu'on aurait pu prendre un verre, ou même diner ensemble ce soir...

Ida accepta l'invitation. Ils convinrent de se retrouver à 19h00 dans la brasserie la plus en vogue du moment.

Posté par AlphaDuCentaure à 20:50 - Ida B. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

07 juillet 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 28

...

- Bonjour toi ! Contente de te voir ! Ca fait longtemps ! Et désolée, je n’ai pas pu être là plus tôt. Tu as eu mon message à temps, j’espère.
- En fait non, je l’ai eu en arrivant. Du coup je suis allée à la plage et il m’est arrivé une drôle d’histoire.
- Ah oui ? Rentre, je te fais un thé et tu me racontes.
- Hey, mais tu as tout changé ici !
- Oui et non. J’ai peint les meubles et je les ai bougés de place. C’est tout. Viens, on va mettre tes affaires directement dans ta chambre… voilà… Alors, thé ou café ?
- Thé s’il te plait.
- Bon, raconte-moi, qu’est-ce qui t’est arrivé à la plage ?

Ida lui raconta le choc, la chute, le chien, le maître, le café, le retour, la carte de visite… et la petite douleur dans le dos.

- Donc si je résume, tu te fais attaquer par un chien sympa et tu passes un bon moment avec le maître…
- Hmm… Je ne l’aurais pas dit comme ça, mais il y a un peu de ça. Je crois qu’il flippait que je me sois vraiment fait mal. Il en serait légalement responsable. C’est un type qui assume ses responsabilités, c’est tout. Faut pas chercher plus loin.
- C’est fou ça. Moi j’y vais au moins deux fois par semaine, sur la plage, et je ne rencontre jamais personne.
- En tout cas, je ne sais pas ce qui se passe en ce moment, mais l’histoire avec Tom qui ressort de nulle part, comment il s’est fait accrocher sur le pont, comment il m’a larguée et maintenant ici sur la plage… et tout ça en moins d’un mois ! Ça change de d’habitude !
- Tu as regardé ton horoscope ?
- Ah non tiens ! Il faudrait que je le fasse !

Les deux femmes éclatèrent de rire.

Posté par AlphaDuCentaure à 14:10 - Ida B. - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

13 juin 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 27

...

Elle caressa le chien avec une familiarité qui la surprit étant donné ce qui s’était passé sur la plage une demi-heure plus tôt. Elle regarda l’heure. Marianne devait déjà être rentrée.

- Je vous remercie pour le café et … ça, dit Ida en montrant son verre vide. Mais il faut que je rentre maintenant. Ma voiture est de l’autre côté, dit-elle en indiquant le nord de la main.
- Moi aussi, je dois retourner par là. Je vais vous raccompagner. Vous avez loin à conduire ? Ça ira ?
- Oui, ça ira. Je vais à 3 ou 4 km d’ici chez une amie qui m’attend.

Ils se levèrent, l’homme régla les consommations et ils sortirent, le chien bien en laisse. L’homme chercha quelque chose dans la poche intérieure de sa veste et en sortit une carte de visite.

- Tenez, voici ma carte, au cas où vous auriez des complications à votre dos. N’hésitez-pas, je ferai marcher mon assurance.
- Merci… François Dulescouet – Coaching des organisations et des personnes, lu-t-elle tout haut. Vous êtes basé à Tours ? Je pensais que vous étiez d’ici.
- J’ai une petite maison de pêcheurs, si on peut dire, ici, à 500 mètres de la plage, mais je vis à Tours et je travaille un peu partout, dans le grand ouest et le centre principalement. Vous habitez ici, vous ?
- Non, j’habite à Poi_tiers, enfin, à côté.
- Poi_tiers… J’y vais régulièrement, j’ai des clients là-bas.
- Le monde est petit, d’autant que je suis dans les ressources humaines, dans une filiale d’un grand groupe. Et je me demande régulièrement si je ne ferais pas mieux de me lancer dans le coaching, moi aussi !

Ils marchaient côte à côte sur la plage déserte maintenant.

- Dites, Ida… Il n’y a personne sur la plage. Vous croyez que je peux lâcher Médor ?

Elle avait un peu de mal à prendre le nom du chien au sérieux, et la question l’embarrassait. Elle se sentit un peu prise au piège. Elle n’avait pas envie de jouer les rabat-joie, mais quand même, après ce qu’il lui avait fait… D’un autre côté, le chien semblait normal. A quoi bon s’arcbouter sur des principes quand il n’y avait pas de danger ?

- Ça me coûte de vous le dire, mais oui, je crois que vous pouvez le détacher, dit-elle finalement après une longue hésitation.

Le visage de François s’éclaira à nouveau d’un sourire et il détacha le chien.

- Merci ! Vous avez des animaux ?
- Non. J’avais un chat, mais il est mort l’année dernière. Je n’en ai pas pris un autre. J’aimerais beaucoup avoir un chien, mais j’habite en appartement, alors ce n’est pas possible…

Ils parlèrent animaux et travail jusqu’à ce qu’ils arrivent à la voiture. Ida avait un peu mal au dos et se le massait de temps en temps, avec son poing, à travers le manteau.

- Si vous me donniez votre numéro de téléphone, Ida, je vous appellerais pour m’assurer que votre dos va bien… Et si j’étais vous, j’irais voir un ostéo d’ici quelques semaines. Le choc a quand même été violent.
- Oui, je le ferai sans doute. Je n’ai pas de carte sur moi, vous avez de quoi écrire ?

Il sortit un stylo et un petit carnet de sa poche. Elle y nota son nom et son numéro de portable.

- Merci, à bientôt alors, dit-il en lui tendant la main.
- Au revoir François, merci de vous être occupé de moi.
- C’était vraiment la moindre des choses. Au revoir Ida. Encore toutes mes excuses.
- Salut Médor, lança-t-elle au chien qui s’éloignait.

L'animal se retourna et s’approcha d’elle. Elle le caressa sous le menton, il lui lécha la main. François l’attacha à nouveau. Elle démarra et fit un petit geste de main à l’homme et au chien. Sacré Médor !, se dit-elle tout haut, en sortant du parking.

Posté par AlphaDuCentaure à 23:34 - Ida B. - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

05 juin 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 26

...

- C’est quoi, comme chien ?
- Oh, un batard… Il a du braque hongrois, du griffon Korthal et sans doute autre chose encore dans le sang.
- Il a une bonne tête en tout cas.
- Oui, il est super. En temps normal je veux dire. Affectueux et joueur.
- Les propriétaires de chiens, la plupart du temps, ne se rendent pas compte du danger, dit enfin Ida. Il y a quelques années ma mère s’est faite défigurer par un berger allemand de 13 ans super sympa…. Ses maîtres étaient complètement atterrés, jamais ils n’auraient cru… Et pourtant… Depuis, j’avoue que je suis beaucoup plus méfiante avec les chiens. Je les aime toujours beaucoup, mais je les regarde d’un autre œil. Et ce n’est pas l’épisode d’aujourd’hui qui va me rassurer.
- Mais il est dressé, il ne mordrait pas.
- Eh oui, c’est ce que les maitres du chien qui a mordu ma mère avaient l’habitude de dire aussi... Ceci dit, vous dites qu’il est dressé, mais quand vous l’appeliez, il ne bougeait pas et restait sur moi ! Il grognait dès que je bougeais, comment pouvez-vous savoir ce qu’il aurait fait si je m'étais levée ?
- Je vais être honnête avec vous : je vous comprends, je comprends que vous soyez en colère. Je sais qu’il faut être prudent avec les chiens, avec tous les animaux d’ailleurs. Mais je vous assure que je ne vous avais pas vue, vous étiez tout au bout de la plage et votre manteau noir se confondait avec les rochers. Je ne l'aurais pas détaché si je vous avais vue. Je suis vraiment, mais alors absolument désolé de la peur que vous avez eue. Pour dire la vérité, j’avais une totale confiance en Médor et jamais j’aurais imaginé qu’il m’arrive un truc pareil avec lui. En tout cas, je suis vraiment content et soulagé que vous n’ayez rien.

Ida finissait son café. Elle aussi elle comprenait l’homme, mais elle ne voulait pas trop le dire dans ces circonstances.

- Et maintenant, est-ce que vous avez peur de Médor ?

Elle regarda l’animal qui somnolait, la tête sur ses pattes avant allongées devant lui.

- Non, je ne crois pas. Il n’a pas l’air méchant… Mais il m’a tout de même mise à terre  et il ne voulait pas me laisser partir. Tel qu’il est là, j’aurais plutôt envie, instinctivement, de le caresser. Mais maintenant, depuis l’histoire avec ma mère, et le coup de tout à l’heure, non, je ne caresserais plus un chien que je ne connais pas.
- Attendez, ça peut s’arranger. Médor, debout, viens mon chien.

Le chien qui faisait semblant de dormir se leva prestement. L’homme lui donna une tape affectueuse sur le dos et se leva. Il s’approcha d’Ida et s’accroupit à ses côtés. Médor était là aussi.

- Médor, regarde, c’est… C’est quoi votre nom ?
- Ida.
- Médor, je te présente Ida. Dis bonjour.

Le chien leva la patte droite vers Ida. Elle la prit dans sa main.

- Bonjour Médor. Tu m’as drôlement fait peur, tout à l’heure, tu sais !
- Allez, vous êtes amis maintenant ! Merci Ida, je me sens vraiment soulagé !

Posté par AlphaDuCentaure à 21:59 - Ida B. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

02 juin 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 25

...

Elle entendit une voix d’homme au loin. « Médor, au pied ! Médor ! Ici ! Au pied ! » Le chien ne bougeait cependant pas, la patte toujours sur le dos d'Ida. Il ne la mordait pas, mais grognait à chacun de ses mouvements. Elle entendait l’homme qui se rapprochait et cela la rassurait, mais il lui semblait qu’il mettait une éternité à arriver à elle et à reprendre le contrôle de son animal. « Au pied ! Pas bouger Médor ! » Toujours à terre, elle regarda de côté : c’était un chien de taille moyenne, marron, avec une tête étonnamment sympathique, des poils dans tous les sens sur la tête.

- N’ayez pas peur, madame, il ne vous mordra pas, vous pouvez vous lever maintenant. Ca va ? Vous ne vous êtes pas fait mal ?

Ida ne pouvait rien dire, encore sous le choc. Elle avait vraiment eu peur. Le chien était assis et ne bougeait plus. Il regardait Ida. Il n'avait pas l'air méchant.

- Madame, ça va ?
- Oui, je suis un peu sonnée, c’est tout.
- Je suis vraiment désolé, je ne vous avais pas vue, sur la plage, autrement je n’aurais jamais lâché mon chien.
- Il aurait pu me déchiqueter, dit-elle d'une voix froide. J’aurais pu tomber sur un rocher et m’ouvrir le crâne !
- Le chien ne vous aurait pas mordu, il est dressé. Mais oui, vous auriez pu vous blesser. Je suis vraiment confus... Vous êtes toute pâle, il y a un café juste là, au bout de l’anse, vous ne voulez pas y aller prendre quelque chose à boire, pour vous remettre ?

Elle acquiesça de la tête. Elle se sentait les jambes en coton, toute faible et les idées pas vraiment en place. Ils marchèrent les quelques minutes jusqu’au café en silence. Le chien, en laisse, se tenait impeccablement.

Le café était vide mais heureusement ouvert. Ils s’assirent près de la baie vitrée qui donnait sur le carrelet et la mer. Une femme – genre prostituée en retraite – s’approcha pour prendre la commande.

- Vous prendrez quoi ?
- Un café pour moi, mais il faut un petit remontant à la dame. Vous voulez quoi ? Prenez un alcool fort… un cognac ?
- Euh… Non… pas un cognac. Un whisky plutôt. Et un café aussi.

Ils ne dirent rien pendant quelques instants, regardant par la fenêtre. Ida se frotta le dos.

- Je crois que je vais avoir un gros bleu ! J’ai l’impression qu’il m’a sauté dessus de tout son poids !
- Je suis vraiment désolé, vous savez. Je ne comprends pas ce qui lui est passé par la tête.

La dame en pantalon léopard et bustier noir en dentelle apporta les cafés et le remontant. Ses hauts talons ne gênaient en rien son équilibre.

- Allez, cul sec, ça vous fera du bien, dit l’homme.

Ida s’exécuta et fit une grimace.

- J’aime bien le whisky, dit-elle, mais je préfère le siroter !

Ses yeux se posèrent sur le chien allongé aux pieds de son maitre.

- Et donc il s’appelle Médor, votre chien, j’ai bien entendu ?
- Oui.
- Je n’aurais jamais cru que ça existait vraiment, un chien qui s’appelle Médor ! C’est original, paradoxalement.
- Oui, je trouve aussi, dit-il en souriant. Vous allez mieux ?
- Oui, merci. Je crois que l’alcool fait son effet.

L’homme avait une petite cinquantaine, pensa-t-elle. Ou peut-être un peu moins. Difficile à dire. Il n’était pas très grand, mais pas petit. Pas très beau, mais pas laid. Ses yeux s’étaient éclairés quand il avait souri. Il avait du charme.

Posté par AlphaDuCentaure à 21:26 - Ida B. - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

31 mai 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 24

...

Ida connaissait Marianne depuis plus de 10 ans. Avant de devenir son amie, elle avait été sa collègue et elles s’amusaient régulièrement à repenser aux préjugés qu’avait Ida lors de leur première rencontre. Il faut dire à sa décharge que son chef – tire au flanc et bonimenteur – la lui avait décrite comme une jolie fille qui n’avait aucune expérience professionnelle, « mais je suis sûr que vous vous entendrez bien » avait-il ajouté. Alors qu’il était évident que c’était de professionnels d’expérience dont ils avaient besoin dans le service, ils avaient recrutés une jeunette qui sortait tout juste de la fac. Ida s’était donc promis de ne pas compenser les choix inconséquents de sa hiérarchie en matière de recrutement. Fort heureusement, les missions attribuées à la nouvelle étaient totalement indépendantes de celles d’Ida, il lui serait donc facile, pensait-elle à l’époque, de ne s’occuper que de ses propres affaires. De plus, elle craignait que le principal critère de sélection n’ait été le physique de la demoiselle. Aussi, quand Marianne arriva un beau matin de septembre, c’est un euphémisme de dire qu’Ida était sur sa réserve.

Mais il se passa une chose qu’elle n’avait pas anticipée. Marianne était peut-être inexpérimentée mais elle était compétente et n’avait pas peur du travail. Et, à sa grande surprise, il s’avéra que son méprisable chef avait eu raison : en une semaine, les deux femmes avaient sympathisé et Ida ne put tenir la ligne de conduite qu’elle s’était fixée. Elles passèrent des soirées entières à travailler ensemble, Ida aidant et formant la nouvelle recrue autrement vouée à l’échec.

A l’époque, le compagnon d’Ida ne rentrait que le week-end à la maison, elle pouvait donc passer ses soirées au bureau sans mauvaise conscience. Mais au bout d’un an, elle souhaita se rapprocher de son ami, changea d’emploi et déménagea dans le Limousin. C’est à ce moment-là qu’elles devinrent amies dans le privé.

Marianne faisait partie de ces jeunes femmes dont on ne comprend pas qu’elles restent seules : jeune – 34 ans à ce jour – grande, fine, intelligente, avec du charme, de l’esprit, de l’humour et généreuse de surcroit. Pourtant, en 10 ans, elle n’avait jamais pu concrétiser ses coups de cœur.

En arrivant chez son amie, Ida trouva porte close, et personne pour l’ouvrir. Elle sortit son téléphone portable pour appeler le numéro de Marianne, et c’est là qu’elle vit qu’elle avait un message. Marianne lui disait qu’elle ne pourrait pas être chez elle avant 16h. Il était bientôt 15h. Après un premier temps de déception, puis d’hésitation sur comment elle allait passer l’heure à venir, Ida décida de pousser jusqu’à la plage qui était à quelques kilomètres de là. Il faisait beau, il n’y avait pas de vent. Autant profiter du grand air marin.

La plage – artificielle – était déserte. Elle mit de grosses chaussettes de laine et ses chaussures de marche. Elle laissa son sac et ses bottes à talons fins dans le coffre de la voiture. Elle ne prit que son portable avec elle et sa grosse écharpe. La plage n’était pas très grande, elle formait une anse qui se terminait par des carrelets vers le sud. Elle se donna le premier carrelet comme objectif, après quoi elle rebrousserait chemin, et il serait temps de retourner chez Marianne. Elle aimait marcher le long de l’océan, cela lui rappelait bien des souvenirs. Parfois, vivant aujourd’hui loin de lui, elle regrettait d’en être si éloignée.

Elle avançait, sans trop penser à rien, regardant le sable, les galets, les coquilles d’huitres et autres coquillages, la mer, les mouettes... Elle se disait qu’elle avait de la chance de pouvoir profiter d’une si belle après midi de fin d’automne. Elle se sentait comme soulagée d’être loin de chez elle. Chez elle… où était-ce donc, chez elle ? Ne se sentait-elle pas plus chez elle ici que là où elle habitait dorénavant, dans ce Poi_tou – elle avait quitté le Limousin après quelques années – dans lequel elle essayait désespérément de s’intégrer…

Mais soudain elle sentit un choc dans son dos et, avant qu’elle ne puisse comprendre ce qui lui arrivait, elle était tombée, face dans le sable.

Posté par AlphaDuCentaure à 23:18 - Ida B. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

10 mai 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 23

...

L'expérience Facebook ne la transcenda pas. Il faut dire qu'elle n'avait pas d'amis. Enfin, pas d'amis Facebook. Elle conclut assez rapidement que l'outil n'était pas pour elle, de toute façon, et qu'elle n'avait pas envie de s'y investir. Elle appela Jean-Paul et tomba sur son répondeur. Elle ne laissa pas de message. Elle alluma la télé et zappa une trentaine de chaines sans en trouver une sur laquelle s'arrêter. Elle se sentait impatiente, à la limite de l'ennui. Ida la solitaire avait du mal à rester seule et à apprécier sa propre compagnie ce soir-là. Elle grignota un peu. Le temps ne passait pas. Elle finit par mettre une vieille VHS dans son magnétoscope : la version originale de La vie est belle de Frank Capra, le film idéal pour lui faire couler les larmes à la fin. Elle pleura sur le film et elle pleura sur elle. Cela l'apaisa et elle put s'endormir facilement après cela.

Dans la semaine qui suivit, Tom lui envoya un email tous les jours et essaya à plusieurs reprises de la joindre au téléphone, mais elle filtrait et tint bon. Il n'y avait rien à espérer de cette relation, cela n'avait aucun sens de continuer. Le dernier message qu'elle reçut de lui disait qu'il retournait le soir même en Nouvelle Zélande et, puisque c'était son choix, qu'il ne la contacterait plus. Elle se sentit presque désespérée en le lisant. Elle avait tout fait pour maintenir son moral pendant la semaine, déjeunant avec des collègues sympas, allant au cinéma avec Jean-Paul, et avait systématiquement terminé ses journées de travail par du sport en salle afin de faire sortir toute sa frustration et de se recharger. Il fallait qu'elle s'occupe, qu'elle bouge.

Le vendredi soir, elle avait téléphoné à Marianne, son amie de longue date. Comme d'habitude, elles étaient restées une heure et demie à discuter. Elles s'appelaient rarement, alors, bien sûr, ça prenait un certain temps pour faire le tour des dernières actualités. A la fin de la conversation, il était entendu qu'Ida passerait le week-end chez Marianne, dans un village de la côte charentaise.

Posté par AlphaDuCentaure à 12:45 - Ida B. - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

05 avril 2009

La vie trépidante d'Ida B. - 22

...

C'était la fin de l'après midi. Le train allait arriver en gare dans quelques minutes. Ida, déjà debout, mit son manteau et descendit sa valise. Elle avait passé le voyage à imaginer ce qu'elle allait faire maintenant. Elle avait l'impression qu'elle n'avait plus de projets, ce qu'elle trouvait très désagréable.

Delphine et elle avaient fait une grasse matinée,  pris un café, fait un tour rue des Abbesses et rue Lepic, étaient remontées à l'appartement avec des antipasti du traiteur italien, une bouteille de rosé bien fraîche et du bon pain. Elles avaient fait un déjeuner de bric et de broc, composé de leurs achats qui se révélèrent tous plus savoureux les uns que les autres. Ida faisait bonne figure et maniait l'autodérision de façon un peu trop systématique pour que Delphine croie que sa sœur avait bien encaissé l'évènement du soir. Ida était finalement partie en début d'après midi, avec un peu de soulagement, car elle avait besoin de se retrouver seule pour digérer la chose.

Elle se sentait comme si elle avait été moralement piétinée par un troupeau de caribous. Non, les caribous, c'est au Canada, se dit-elle. Y a quoi, comme animaux en Nouvelle Zélande ? Et zut, je me sens quand même comme piétinée par un troupeau de caribous...

A côté d'elle, pendant tout le voyage, un jeune d'une vingtaine d'années avait passé son temps sur Facebook. Il avait une clé 3G et l'utilisait allègrement. Le tapotement du clavier l'avait agacée. Elle avait bien essayé de se concentrer sur autre chose, mais n'y était pas arrivée. En plus, elle n'avait pas eu le temps d'acheter de quoi lire à la gare. Elle avait du mal à reposer son esprit. Elle en avait marre d'être assise.

Il faisait froid dans son appartement. Elle alluma le chauffage, enleva son manteau qu'elle jeta sur une chaise et enfila un gros gilet en laine. Elle laissa la valise dans le couloir. Elle mit la bouilloire à chauffer et se fit un thé. Elle laissa courir ses mains le long de la tour à CD, mit l'album rose de Beck. Elle s'assit dans le canapé, se réchauffant au contact de la tasse. Portée par la douceur et la tristesse de la musique, elle resta absorbée dans ses pensées.

Soudain elle se leva, alluma son ordinateur. Il y avait un email de Tom dans lequel il s'excusait encore et encore. Elle n'avait pas l'intention de lui répondre. Elle alla sur Facebook et s'ouvrit un compte.

Posté par AlphaDuCentaure à 00:04 - Ida B. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :
« Accueil  1  2  3  4   Page suivante »